Ishango, un paradis touristique au bord de l’oubli

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15 km au Sud de l’équateur, en Territoire de Beni, au Nord Kivu, Ishango est un petit village qui n’est habité que par des Gardes de parc, agents de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, ICCN. Ce que les historiens pensent, sans confirmer, avoir été un grand village du Moyen Age, est resté aujourd’hui l’ombre de lui-même.

Pour arriver à Ishango si l’on veut atteindre le site par l’Ouest, il faut impérativement passer par Kyavinyonge. Mais de l’est, c’est se défalquer de Kasindi, près de la frontière ougandaise qu’il faut espérer atteindre ce paradis caché. Mais de l’ouest, c’est plus beau. Après avoir humé l’air nullement poussiéreux de la Bourgade lacustre de Kyavinyonge, une piste routière serpente le parc des Virunga et vous tire vers beaucoup plus à l’est. Au passage, la belle femme qui vous arbore un sourire hospitalier, c’est une savane herbeuse d’où s’imposent des acacias, ces arbres auxquels les mythes de la région donnent des vertus d’anti foudre. Sur la piste très bien carrossable, bien qu’en terre battue, des tas de matières fécales d’éléphants vous servent à la fois de policier de roulage et de panneau de signalisation pour vous dire attention éléphants sont passés par ici et sont encore à quelques mètres. Ensuite, après une marche sur ces 5 km environs, qui ne vous impose pas nécessairement une jeep 4×4, oh, voici qu’apparait à l’horizon le site d’Ishango. Du haut de la colline, s’imposent quelques paillotes. Parmi elles, celle dite de Léopold II. Et pourquoi cela, parce que, explique un connaisseur, c’est de là qu’aux années 50, le roi Belge, en villégiature dans le site observait les merveilles que Dieu a placé ici. Mais on n’y est pas encore. Arriver à Ishango vous impose de passer la Kalemba actuellement appelée Semuliki. Celle qu’on pouvait traverser à pieds il y a plus d’un siècle s’est élargie à plus de 300m à la suite de la montée des eaux sur ce lac. Conséquence, c’est la pirogue qui vous offre ce luxe d’atteindre l’autre rive.

Ishango, un site aux multiples opportunités touristiques

 

Enfin Ishango est là, ce site historique à qui le monde doit probablement la calculatrice grâce à l’homme dit d’Ishango explique Bwambale Barthélemi, Officier chargé de tourisme à l’ICCN, station d’Ishango. Doté d’une piste d’atterrissage de plus d’un kilomètre, Ishango, c’est un site touristique vraiment extraordinaire, explique cet Officier. Si la vue est panoramique dans cette savane à offrir la belle vue sur la chaine des Monts Mitumba et de ce fait Kyavirimu, le sanctuaire naturel des gorilles, Ishango vous amène aussi à voir moyennant jumelles les volcans éteints et actifs de la redoutable Nyiragongo à ses filles, les Nyamulagira, Karisimbi, Muhavura etc. sans oublier les frontières rwandaises et ougandaises. Ami d’Ishango aussi le Pic Marguerite sur le Mont Ruwenzori. Ishango c’est aussi surtout, la belle vue sur le lac poissonneux d’Edouard ancien Id Amin Dada du nom de cet ancien chef d’Etat Ougandais. Mais de la faune, c’est une grande richesse qui s’offre à votre vue : des poissons, des troupes d’éléphants, des crocodiles, des oiseaux migrateurs et d’autres types, etc.

L’homme d’Ishango aurait la taille de plus de 10 mètres

En 1950, un archéologue belge est venu découvrir le site. Et c’est à cette époque que remontent les dernières études qui ont permis d’établir que la civilisation a vécu à Ishango. Des pierres taillées ainsi que des tombes retrouvées sur le site ont renforcé la croyance que l’homme dit d’Ishango aurait eu la taille d’un monstre à considérer la taille actuelle de l’espèce humaine. En effet, les archéologues sont tombés sur une phalangette de 10 centimètres, ce qui conclue à une longueur estimée à 30 centimètres pour un doigt soit la longueur d’une latte scolaire. L’homme d’Ishango aurait donc eu un doigt aussi long qu’une latte scolaire de 30 cm ! A croire à cette même estimation, l’homme d’Ishango pouvait avoir une taille de plus de 10 mètres. Mais à coté de l’estimée tombe de l’homme d’Ishango, une autre tombe a été retrouvée par les archéologues. Probablement une femme et un enfant enterrés ensembles !

Les vestiges de l’homme d’Ishango menacés de disparition

Et voilà depuis 10 ans, le niveau de l’eau est entrain de monter au niveau du Lac Edouard et des inondations ont été connues ces derniers mois dans les agglomérations lacustres. Ces inondations ont impacté négativement sur le site d’Ishango. Le site considéré comme la tombe de l’homme d’Ishango est menacé d’érosion. La montée des eaux ronge progressivement le site, et a déjà emporté le mur de protection construit par les archéologues aux années 50. Dans les 10 prochaines années, la tombe de l’homme d’Ishango pourrait disparaitre et effacer toutes les traces sur ce qu’il y aurait encore de cet homme resté presque inoubliable dans l’histoire. Malgré son apport si important dans les mathématiques modernes. Ishango, c’est aussi ce paradis oublié dans un parc menacé par le braconnage et des populations en quête des terres arables. Toutefois, il y a des raisons d’espérer. L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature, ICCN est entrain de former des nouvelles unités des Gardes de parc. Grace à la paix retrouvée dans la région, l’ICCN espère relancer l’industrie du tourisme dans cette partie du Nord Kivu, fort de ses ressources touristiques. Déjà l’alpinisme sur les Monts Ruwenzori a été relancé par une équipe de l’ICCN. Là aussi, c’est le réchauffement climatique qui risque de nous faire perdre la vue sur les neiges éternelles du Ruwenzori.

Deogratias KAKULE SIKU

Animateur Communication, Droits Humains et Bonne Gouvernance GADHOP

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