Nord Kivu, la liberté d’expression s’invite dans les rues à Goma

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Jeudi 26 mars 2015, il est 16 heures en ville volcanique de Goma, à la frontière entre la RDC et le Rwanda. Un homme aux lunettes verres-claires, costume sombre, chemise blanche et tête rasée pose ses valises dans l’entre deux route sur l’axe Rond Point BDGL et Tsukudu. Hnr Bados c’est son surnom, il est cadre de l’ECIDE, un parti politique de l’opposition.

D’entrée de jeu l’homme invite les passants à ôter leurs chapeaux, à ceux qui sont assis de se lever pour saluer la mémoire de tous les congolais décédés lors de différentes manifestations récemment connues dans le pays, dont celle contre la révision de la loi électorale. Etrange débat qu’anime cet homme sur cette place forte de la ville : le désaccord des partis politiques de l’opposition congolaise contre le calendrier électoral publié par Monsieur l’Abbé Apollinaire Malumalu, président de la Commission Electorale Nationale et Indépendante. Un mégaphone, lance voix, baffles et mixeur audio alimentés par un petit groupe électrogène portent une voix au timbre féminin vers un groupe des curieux, chauffeurs de taxi, changeurs de monnaie, vendeurs d’unités, passant, accrochés seulement quelques minutes du début du meeting improvisé. Comme un pasteur ambulant, monsieur gère son public, le captive et plus de 30 minutes après, l’attroupement devient de plus à plus grand et les interactions beaucoup plus vivantes. Dans un espace aussi centré au cœur de Goma entre la Mairie, la BDGL et des instituions bancaires sécurisés par la police, cet acteur de l’opposition prêche comme s’il était en terre conquise. Terre conquise, oui car dans une démocratie digne de ce nom, la liberté d’expression est garantie à tous les citoyens. Cependant, dans son meeting, « l’honorable Bados » fait allusion à des questions brulantes : l’homme n’hésite pas à inviter son auditoire à s’applaudir pour encourager les mouvements citoyens dans le pays : des parlements dits débouts, souvent à la base des nombreux soulèvements. C’est là même que cet acteur de l’opposition va publiquement condamner sur son micro, l’arrestation en début mars 2015, des membres des mouvements citoyens Y en a marre, le Ballet Citoyen et la Lutte pour le Changement.

Une leçon démocratique qui gagne la cote

Tuhimbaze Alexis, un habitant de la Ville de Gisenyi au Rwanda voisin, en séjour d’affaire à Goma ne cache pas son étonnement. En effet dans son pays le Rwanda, pareille chose n’a jamais été tolérée. « Un meeting improvisé, sur la place publique, qui critique le gouvernement ? Si non vous mourrez le même soir », s’exclame ce citoyen Rwandais, avant de lâcher. Courage à la Démocratie au Congo. Evidemment, reconnait Kambale Buhimba, un chauffeur de taxi de la corporation des Transporteurs COTAREM, les choses changent. Du temps des rebellions, pareilles chose était seulement de la provocation. « Vous voyez, il y a même des voitures des officiels qui passent par ici en provenance de la Mairie, de l’Assemblée Provinciale etc., mais ils ne disent rien. Ils laissent faire. C’est quand même une bonne chose de laisser les gens s’exprimer comme cela et permettre à ceux qui ne suivent pas la radio de connaitre l’évolution politique de notre pays », témoigne Kambale.

En Ville de Goma au Nord Kivu, cette étape démocratique atteinte devrait sas doute se consolider. Dans la ville, nombreux acteurs politiques continuent de subir des menaces pour leurs prises de position ou déclarations politiques. Si cette démonstration de l’ECIDE est une preuve de changement, ce changement devrait durer le plus longtemps possible.

Deogratias KAKULE SIKU

Communication, Droits Humains et Bonne Gouvernance GADHOP

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